Une illusion perdue. Un espoir égaré. Une envie condamnée.
J'ouvre mes yeux explosés sous le regard d'hommes vêtus de blanc, masqués. J'aperçois seulement quelques images floues, je ne vois que de regards de pitié pointés sur moi. Des sourires malfaisants et des paroles hypocrites. Je suis cloîtrée dans une salle sinistre, seule entourée de ces hommes effrayants. Des férailles autour de moi, couleur grisâtre, ils s'emparent de chacune d'entre elles. Je les vois, ces monstruosités s'approchent de moi. Je vois du sang s'écouler sur mon ventre aigri, mes poumons ont du mal à s'enrichir. Je sens les pulsations de mon c½ur au ralenti. L'allégresse de ces êtres me perturbe. Ils prennent plaisir à me cisailler sans se soucier que je suis en train d'endurer une souffrance inconsidérable. Je suffoque silencieusement. J'ai peur de dire ne serais-ce qu'un seul mot. Ces hommes m'effraient, ils me sont inconnus. Je ne dis rien, de peur qu'ils me tuent. Je n'ai plus de ventre. J'ai l'impression d'être à la morgue, et que seule mon âme résiste face à ces massacres. Cette chambre sombre commence à ternir vers le teint rougeâtre de mon sang. Je suis déchiquetée. Des boyaux sont jetés dans une poubelle, comme si ce n'était que de simples papiers d'essai. Mes intestins sont broyés. Ces hommes testent de nombreux produits chimiques sur moi, et mes réactions sont guère positives. Et ces maux de tête ne font qu'empirer mon état d'oppression. Je suis asphyxiée, l'air me paraît compressé, je suis la seule à ne plus respirer. Mon esprit divague, le sang me monte à la tête. J'ai la sensation de ne plus appartenir à ce monde difficile à s'approprier. J'essaie d'ouvrir mes yeux mais tous mes vaisseaux ont explosé. Impossibilité de jeter un dernier regard ne serais-ce que frivole envers ces quelques êtres manipulateurs. L'adrénaline commence à s'élever. J'entends le son de ces machines accélérer à la même vitesse que mon pouls. Mes pulsations s'élèvent à deux cents par minute. Je perds le contrôle de mon corps. Je ne veux pas abandonner, je me bats pour retrouver cette vie que j'ai mis une éternité à atteindre. L'enfer a jeté son dévolu sur moi. Plus de forces à fournir, mon corps n'accepte plus aucune aide de mon âme. Corps et âmes se sont désormais dissociés. Les hommes arrêtent de me charcuter, je peux à peine les regarder. Impossible de rester l'½il ouvert, ma vue régresse.
« Heure du décès, 00h00 pile ». Dernière parole entendue.
Je suis désormais maître des cieux. Et je les observe s'emparer d'un autre corps à charcuter. Ma mort n'a touché personne sur le moment attendu. Ils m'ont opéré à vif. Leur dose de morphine bien insuffisante m'a tuée. Erreur médicale, à qui faut-il en vouloir? Les dénommés sauveurs de l'humanité commettent des erreurs impardonnables sans avouer leur actes. Les quelques paroles adressées à mes parents furent « Nous sommes sincèrement désolés, votre fille a commis une crise cardiaque. Il fut impossible de la récupérer ». Et voilà comment quelques mensonges se transforment en vérité générale bien cachée par ces regards peinés mais trompeurs. Franchir ce mur entre l'enfer et la vie, je force mais il demeure incassable.
La mort m'a rattrapé, il me fut impossible de la courser.
Texte de : Estelle, 17 ans
Son espace : With Passion
Mon avis : Décidément, les textes d'auteurs me manquaient cruellement. Estelle, j'ai lu ton texte avec toute l'attention qu'il me fut possible de manifester. Lire un texte si marquant sur la chanson de Lilac Wine de Jeff Buckley, je dois avouer que j'en suis toute bouleversée. Cela m'a inspiré un sentiment de tristesse, non pas que ton texte était déprimant, mais c'était là une tristesse qui m'a emporté dans de lointains souvenirs, dans des contrées sombres que je n'ose même pas imaginer traverser toute seule. Et de quelle manière, décris-tu la souffrance de cette fille allongée sur la table. Une souffrance que tu as su peindre avec des mots crus, certes, mais appropriés. Et pour cela, je te félicite. Si c'est ton favori, je n'en doute pas. Il est tellement beau et captivant, transperçant et magnifique, étrange mais quasiment réelle !



